[Dossier] Comprendre le Tawhid : le fondement de l’adoration d’Allah Seul
Un rappel structuré sur le Tawhid de l’adoration, la mission des Messagers, les ambiguïtés autour de l’intercession, de l’invocation et de la recherche de secours.
Le Tawhid n’est pas une notion secondaire dans la religion du musulman. Il est le cœur de l’appel des Messagers, le fondement de l’adoration, et la base sur laquelle repose la validité de la foi, des paroles et des actes.
À retenir
- Le Tawhid de l’adoration consiste à vouer toute adoration à Allah Seul, sans rien Lui associer.
- Reconnaître qu’Allah est le Créateur ne suffit pas si l’adoration est partagée avec autre que Lui.
- Les ambiguïtés doivent être ramenées aux preuves claires : l’invocation, le sacrifice, le vœu, la confiance et la recherche de secours relevant d’Allah doivent Lui être réservés.
Introduction
Le Tawhid est le cœur de l’Islam. Il ne s’agit pas seulement de croire qu’Allah existe, qu’Il est le Créateur ou qu’Il dirige l’univers. Le Tawhid signifie vouer l’adoration à Allah Seul, sans rien Lui associer dans ce qui Lui revient exclusivement.
C’est sur ce point que beaucoup de confusions apparaissent. Certaines personnes reconnaissent qu’Allah est le Créateur, mais dirigent malgré cela certaines formes d’adoration vers d’autres que Lui : invocation, sacrifice, vœu, recherche de secours ou demande d’intercession.
Cet article s’appuie sur les enseignements tirés de Kashf ash-Shoubouhat, un ouvrage de l’imam Mouhammad ibn ‘Abd al-Wahhab consacré au dévoilement des ambiguïtés autour du Tawhid. Le livre explique comment certaines personnes justifient le fait de détourner des actes d’adoration vers autre qu’Allah, puis montre comment ces arguments sont réfutés à la lumière du Coran, de la Sounnah et des règles fondamentales du Tawhid.
L’objectif de cet article est donc simple : comprendre ce qu’est le Tawhid de l’adoration, pourquoi il est le fondement de l’appel des Messagers, et comment reconnaître les ambiguïtés qui peuvent troubler cette compréhension.
Le Tawhid : unifier Allah dans ce qui Lui revient
Le mot Tawhid signifie l’unification. Définir le Tawhid correctement impose donc de faire apparaître cette idée : unifier Allah.
Dans son sens général, le Tawhid comprend trois grandes catégories : le Tawhid de la Seigneurie, le Tawhid de l’adoration et le Tawhid des Noms et Attributs.
Le Tawhid de la Seigneurie consiste à unifier Allah dans Ses actes qui Lui sont propres : la création, la subsistance, la vie, la mort, l’administration de toute chose.
Le Tawhid de l’adoration consiste à unifier Allah dans l’adoration. Le sacrifice, le vœu, la recherche de secours, l’invocation et la confiance sont des adorations qui doivent être vouées à Allah.
Le Tawhid des Noms et Attributs consiste à unifier Allah dans ce qui Lui est propre parmi Ses Noms et Ses Attributs. Certains noms et attributs peuvent être partagés dans le terme, mais ce qui est propre à Allah doit Lui être réservé exclusivement.
Dans Kashf ash-Shoubouhat, lorsque l’auteur parle du Tawhid, il vise principalement le Tawhid de l’adoration. C’est le sens particulier du Tawhid dans ce livre : unifier Allah dans l’adoration.
Le Tawhid de l’adoration : la religion de tous les Messagers
La mission des Messagers n’a jamais été seulement d’informer les gens qu’Allah existe ou qu’Il est le Créateur. Beaucoup de peuples reconnaissaient déjà cela.
La mission des Messagers était d’appeler les serviteurs à adorer Allah Seul et à délaisser tout ce qui est adoré en dehors de Lui.
Allah dit : « Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager, pour leur dire : adorez Allah et écartez-vous des fausses divinités. » 16/36
La sagesse de l’envoi des Messagers est donc l’ordre au Tawhid dans l’adoration. Le premier d’entre eux fut Noûh, envoyé à son peuple lorsqu’ils exagérèrent au sujet des pieux Wadd, Souwa‘, Yaghouth, Ya‘ouq et Nasr. Le dernier des Messagers est Mouhammad, qui a brisé les idoles de ces pieux.
Cela montre un point essentiel : le polythéisme ancien ne se limitait pas à l’adoration de pierres, d’arbres, du soleil ou de la lune. Il existait aussi dans l’attachement religieux excessif aux pieux, jusqu’à leur vouer des formes d’adoration.
Pourquoi reconnaître la Seigneurie d’Allah ne suffit pas
Une des grandes erreurs est de penser que reconnaître Allah comme Créateur suffit à être dans le Tawhid sauveur.
Les premiers polythéistes reconnaissaient qu’Allah était le Créateur, Celui qui pourvoit, Celui qui donne la vie et la mort, Celui qui administre toute chose. Malgré cela, cette reconnaissance ne les a pas fait entrer dans l’Islam et ne les a pas empêchés d’être considérés comme polythéistes.
Pourquoi ? Parce qu’ils reconnaissaient le Tawhid de la Seigneurie, mais reniaient le Tawhid de l’adoration. Ils adoraient Allah, mais ils adoraient aussi autre que Lui. Ils donnaient, à d’autres qu’Allah, des actes qui ne doivent être voués qu’à Allah.
Le Tawhid auquel les Messagers ont appelé n’est donc pas seulement de croire qu’Allah crée, donne, administre et possède. Il est de vouer toute adoration à Allah Seul.
Les premières ambiguïtés : rapprochement et intercession
Les premiers polythéistes ne disaient pas nécessairement : « Nous adorons autre qu’Allah parce que ces êtres créent avec Allah. » Leur justification était plus subtile.
Ils disaient : nous voulons qu’ils nous rapprochent d’Allah ; nous voulons leur intercession auprès d’Allah.
Allah rapporte leur parole : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent davantage d’Allah. » 39/3
Et Il dit également : « Ceux-là sont nos intercesseurs auprès d’Allah. » 10/18
Ces deux excuses ne leur ont pas profité. Elles ne les ont pas empêchés de tomber dans le polythéisme, car ils détournaient des adorations vers autre qu’Allah.
Cela établit une règle centrale : une bonne intention prétendue ne transforme pas une adoration détournée en acte légitime. Dire « je veux seulement me rapprocher d’Allah » ou « je cherche seulement l’intercession » ne suffit pas si l’acte accompli est une adoration vouée à autre qu’Allah.
Ce qui est une adoration doit être voué à Allah Seul
Une règle fondamentale revient constamment : tout ce qui est avéré être une adoration, le détourner vers autre qu’Allah est du polythéisme majeur.
Il n’y a pas de différence entre détourner cette adoration vers une pierre, un arbre, le soleil, la lune, un démon, un ange, un prophète ﷺ, un saint ou un homme pieux.
Le critère n’est pas la noblesse ou la bassesse de celui vers qui l’acte est dirigé. Le critère est la nature de l’acte : est-ce une adoration ? Si oui, elle doit être vouée à Allah Seul.
Lorsqu’on invoque Allah, on L’adore. Lorsqu’on sacrifie pour Allah, on L’adore. Lorsqu’on fait un vœu pour Allah, on L’adore. Donc, si ces actes sont accomplis pour autre qu’Allah, ils deviennent une adoration vouée à autre qu’Allah.
- L’invocation.
- Le sacrifice.
- Le vœu.
- La recherche de secours dans ce qui relève d’Allah.
- La confiance religieuse absolue.
Le sens de “nulle divinité ne mérite d’être adorée qu’Allah”
La parole “nulle divinité ne mérite d’être adorée qu’Allah” ne signifie pas simplement : « Il n’y a de Créateur qu’Allah » ou « Il n’y a de Pourvoyeur qu’Allah ».
Son sens correct est : nul ne mérite d’être adoré sauf Allah.
C’est ce sens qui correspond à l’appel des Messagers. Les peuples auxquels les Messagers furent envoyés reconnaissaient souvent qu’Allah était le Créateur et le Pourvoyeur. Le conflit n’était pas là. Le conflit portait sur l’adoration.
Les premiers polythéistes avaient compris que cette parole impliquait de réduire l’adoration à Allah Seul. C’est pour cela qu’ils s’étonnaient et disaient : « Réduira-t-il les divinités à un seul Dieu ? Voilà certes une chose étonnante. » 38/5
Ainsi, la parole du Tawhid ne se limite pas à être prononcée. Elle doit être comprise, crue et appliquée.
La foi, le Tawhid et l’Islam exigent le cœur, la langue et les actes
Le Tawhid n’est pas valide avec une simple connaissance intérieure, ni avec une simple parole extérieure, ni avec une pratique apparente sans croyance du cœur.
Le Tawhid doit réunir la croyance du cœur, la parole de la langue et les actes.
Celui qui connaît la vérité mais refuse de l’appliquer ressemble à ceux qui ont connu la vérité mais l’ont délaissée par orgueil, intérêt ou peur. La connaissance seule ne leur a pas profité.
Celui qui agit extérieurement sans croire intérieurement relève de l’hypocrisie. Les hypocrites pratiquaient extérieurement, mais leurs cœurs ne portaient pas la foi.
C’est pour cela que le Tawhid ne doit pas être traité comme une simple idée théorique. Il est une croyance, une parole et une pratique.
L’adoration des pieux : une ambiguïté ancienne
Beaucoup pensent que le polythéisme consiste uniquement à adorer des statues ou des objets matériels.
Mais le polythéisme ancien incluait aussi l’adoration des pieux. Des peuples vouaient certaines adorations à des êtres qu’ils considéraient proches d’Allah : des anges, des prophètes, des saints ou des personnes pieuses.
L’erreur consiste à dire : « Eux adoraient des idoles, mais nous, nous nous tournons vers des pieux. »
La réponse est que les anciens ne se limitaient pas aux idoles. Ils invoquaient aussi les pieux, les anges, les prophètes et les véridiques. Le Coran mentionne l’adoration de ‘Issa, de Maryam et des anges, ainsi que le fait que certains invoquaient des êtres qui eux-mêmes cherchaient à se rapprocher d’Allah.
L’argument tombe donc : le problème n’est pas seulement l’idole matérielle, mais le fait de vouer une adoration à autre qu’Allah.
L’intercession appartient entièrement à Allah
L’intercession est vraie. Le Prophète ﷺ intercédera, les anges intercéderont, les prophètes intercéderont, les pieux pourront intercéder selon ce qu’Allah permet.
Mais l’intercession appartient entièrement à Allah.
Allah dit : « Dis : l’intercession tout entière appartient à Allah. » 39/44
Elle ne se produit qu’après Sa permission : « Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? » 2/255
Et elle n’a lieu qu’en faveur de celui qu’Allah agrée : « Ils n’intercèdent qu’en faveur de celui qu’Il agrée. » 21/28
La conséquence est claire : on ne demande pas l’intercession par une invocation adressée aux absents ou aux morts. On la demande à Allah : Ô Allah, ne me prive pas de l’intercession de Ton Prophète ﷺ. Ô Allah, fais-le intercéder en ma faveur.
L’intercession est donc reconnue, mais elle est demandée à Celui qui la possède et la permet : Allah.
Demander l’intercession : deux cas à distinguer
La demande d’intercession se divise en deux catégories.
La première est une demande qui implique une spécificité d’Allah. C’est le cas de celui qui appelle un mort ou un absent et lui demande : « Intercède pour moi auprès d’Allah. »
Une telle demande implique généralement de croire que cet être entend tous ceux qui l’invoquent, répond à tous ceux qui l’appellent, peut agir sans cause apparente et peut obtenir ce qu’il veut alors qu’il est absent ou dans sa tombe. Ces caractéristiques ne conviennent qu’à Allah.
La seconde est une demande adressée à un vivant présent et capable. Il est permis de demander à une personne vivante, présente et capable, de faire une invocation. Par exemple : demander à un homme pieux vivant de dire : « Invoque Allah pour moi. »
Les Compagnons demandaient cela au Prophète ﷺ de son vivant. Mais après sa mort, ils ne se rendaient pas auprès de sa tombe pour lui demander cela.
Cette distinction est essentielle. Les opposants mélangent les deux catégories pour faire passer une demande relevant de l’adoration pour une simple demande permise.
La recherche de secours : ce qui est permis et ce qui ne l’est pas
La recherche de secours suit le même principe.
Il existe une recherche de secours permise : demander à une créature vivante, présente et capable, une aide dans ce qu’elle peut faire. Par exemple : demander de l’aide à quelqu’un dans une difficulté matérielle, demander à un compagnon de guerre de venir en aide, ou demander à une personne présente d’apporter de l’eau.
Le Coran mentionne dans l’histoire de Moûssa qu’un homme de son parti l’appela au secours contre son ennemi. Cette demande portait sur une chose qu’une créature pouvait faire.
Mais la recherche de secours devient une adoration interdite lorsqu’elle est adressée aux morts, aux absents, ou lorsqu’elle implique une capacité propre à Allah : entendre tous les appels, répondre à tous, agir sans cause, réaliser l’impossible.
Les ambiguïtés autour de l’histoire de Jibrîl avec Ibrâhîm, ou autour de la demande de secours au Jour de la Résurrection, se résolvent par cette distinction : dans ces cas, il s’agit d’une demande adressée à un être vivant, présent, capable d’agir par permission d’Allah dans ce qu’il peut faire. Ce n’est pas l’invocation des morts ni la recherche de secours qui relève de l’adoration.
Les prodiges des saints ne justifient pas leur invocation
Les prodiges des alliés d’Allah sont reconnus. Un prodige est un événement extraordinaire qu’Allah réalise pour qui Il veut parmi Ses serviteurs croyants, soit comme argument, soit pour répondre à un besoin.
Mais reconnaître les prodiges ne signifie pas que l’on peut invoquer les saints ou chercher leur secours dans ce qui relève d’Allah.
L’ambiguïté consiste à dire : Allah a donné à certains saints des capacités extraordinaires, donc il est possible qu’ils entendent, répondent et agissent depuis leurs tombes.
La réponse repose sur deux principes. Premièrement, ce qui est propre à Allah reste propre à Allah, sauf preuve. Si Allah a donné à ‘Issa la capacité de ressusciter les morts par Sa permission, cela est affirmé parce qu’une preuve l’établit. On ne peut pas attribuer une capacité propre à Allah à un saint sans preuve.
Deuxièmement, Allah a nié cette capacité pour ceux qui sont invoqués en dehors de Lui : « Si vous les invoquez, ils n’entendront pas votre invocation ; et même s’ils entendaient, ils ne sauraient vous répondre. » 35/14
Ainsi, le prodige ne peut pas devenir une porte vers l’invocation des morts ou la croyance qu’ils entendent tous les appels, répondent à tous et agissent sans cause.
Le faux mélange le vrai et l’équivoque
Une méthode fréquente des gens de l’ambiguïté est de mélanger deux réalités différentes et de leur donner un seul jugement.
Ils prennent une chose permise et une chose interdite, puis les placent dans la même catégorie.
Exemple : ils disent que demander secours à autre qu’Allah existe dans le Coran et la Sounnah. Oui, mais il faut distinguer : demander une aide à un vivant présent et capable ; et invoquer un mort ou un absent pour ce que seul Allah peut faire.
Autre exemple : ils disent que sacrifier pour un invité existe, donc sacrifier pour autre qu’Allah ne serait pas forcément du polythéisme.
Mais le sacrifice religieux a pour but l’effusion du sang en adoration. Le sacrifice pour honorer un invité a pour but la viande et l’hospitalité. Ce sont deux réalités différentes. Celui qui sacrifie auprès d’une tombe ne cherche pas à nourrir le mort ; il cherche à se rapprocher de lui par le sang.
C’est ainsi que le vrai est mélangé au faux. La science consiste à distinguer les catégories.
La réponse générale aux ambiguïtés : revenir au clair
Face aux ambiguïtés, il existe une réponse générale fondamentale : renvoyer ce qui est équivoque à ce qui est clair.
Le Coran contient des versets parfaitement clairs et d’autres qui peuvent être mal compris par ceux dont les cœurs inclinent vers le faux. Les gens enracinés dans la science ne bâtissent pas leur religion sur l’équivoque. Ils renvoient ce qui leur paraît confus à ce qui est établi, clair et évident.
Lorsqu’une personne apporte une ambiguïté en disant par exemple : « L’intercession existe, donc je peux demander l’intercession au Prophète ﷺ maintenant », la réponse générale est que les preuves claires établissent que l’invocation est une adoration et qu’elle ne doit être vouée qu’à Allah.
Il est impossible que la religion d’Allah se contredise. Ce qui est cité ne peut donc pas signifier qu’il est permis d’invoquer autre qu’Allah.
Cette réponse générale est utile lorsque l’on ne connaît pas encore la réponse détaillée à une ambiguïté. Elle protège le musulman de l’instabilité : il ne délaisse pas ce qui est clair à cause de ce qui lui paraît confus.
Dire “nulle divinité ne mérite d’être adorée qu’Allah” ne protège pas si l’on contredit son sens
Une autre ambiguïté consiste à dire : celui qui dit “nulle divinité ne mérite d’être adorée qu’Allah” ne peut pas mécroire, quoi qu’il fasse.
Mais les textes montrent que celui qui affiche l’Islam est laissé tant qu’aucune contradiction claire n’apparaît de sa part. S’il manifeste ensuite ce qui contredit l’Islam, il est traité selon ce qu’il a manifesté.
Les hadiths qui ordonnent de s’abstenir de combattre celui qui prononce l’attestation signifient que l’apparence de l’Islam doit être respectée jusqu’à ce qu’apparaisse ce qui la contredit. Ils ne signifient pas qu’une parole ou un acte annulatif ne pourrait jamais nuire à celui qui prononce l’attestation.
Le principe est donc : celui qui manifeste l’Islam est traité comme musulman ; si une contradiction manifeste apparaît, elle est jugée selon les règles de la législation ; les jugements individuels nécessitent l’établissement de l’argument, les conditions requises et l’absence des empêchements.
Ce point est crucial : la question n’est pas d’être impulsif ou de juger les gens à la légère. La question est de comprendre que l’attestation a un sens, et que ce sens ne doit pas être annulé par des actes qui le contredisent.
Le musulman peut tomber dans une ambiguïté sans le savoir
Un autre enseignement important concerne la gravité de certaines paroles, même lorsqu’elles sont prononcées par ignorance.
Allah rapporte dans le Coran que les fils d’Israël, après avoir vu un peuple adorer des idoles, demandèrent à Moûssa :
« Désigne-nous une divinité semblable aux leurs. » 7/138
Autrement dit, ils demandèrent quelque chose qui ressemblait à du polythéisme, alors même qu’ils venaient d’être sauvés par Allah et qu’ils suivaient un prophète ﷺ.
De même, à l’époque du Prophète ﷺ, certains Compagnons, encore récents dans l’Islam, virent des polythéistes accrocher leurs armes à un arbre en recherchant sa bénédiction. Ils demandèrent alors au Prophète ﷺ de leur désigner un arbre semblable.
Le Prophète ﷺ leur expliqua sévèrement que leur demande ressemblait à celle des fils d’Israël lorsqu’ils demandèrent à Moûssa une divinité.
Ces deux récits montrent qu’une personne peut prononcer une parole très grave sans en comprendre immédiatement la portée. Mais la différence essentielle est qu’une fois avertis, ils ne persistèrent pas. Ils acceptèrent la correction et revinrent à la vérité.
L’enseignement est donc double : le musulman doit continuer à apprendre le Tawhid, car il peut tomber dans une confusion sans s’en rendre compte ; lorsqu’une erreur grave est expliquée clairement, il faut revenir immédiatement à la vérité et ne pas persister.
Ce passage ne signifie pas qu’il faut juger les gens avec précipitation. Il montre au contraire qu’on enseigne, qu’on clarifie, qu’on avertit, puis que la personne sincère revient à ce qui est correct.
Le polythéisme des anciens et celui des contemporains
Une comparaison importante est faite entre les premiers polythéistes et certains polythéistes postérieurs.
Les premiers polythéistes associaient dans l’aisance. Mais lorsqu’ils étaient frappés par la difficulté, notamment en mer, ils invoquaient Allah Seul.
Allah dit : « Quand ils montent dans les bateaux, ils invoquent Allah en Lui vouant un culte exclusif. » 29/65
Mais certains polythéismes postérieurs persistent dans l’aisance comme dans la difficulté : même dans la peur, la détresse ou le danger, certains appellent leurs saints, leurs maîtres ou les morts.
Un autre aspect est que les premiers invoquaient parfois des prophètes, des anges, des pieux ou des choses dont on ne connaissait pas de désobéissance, comme des pierres ou des arbres. Tandis que certains, plus tard, ont invoqué des personnes connues pour leur débauche, leur abandon de la prière ou leur corruption, tout en présentant cela comme un prodige ou une sainteté.
Le critère de vérité n’est donc jamais la réputation populaire, le récit extraordinaire ou l’attachement émotionnel. Le critère est le Livre d’Allah, la Sounnah et le Tawhid.
Le Tawhid n’est pas seulement une connaissance : il exige la soumission
La conclusion du sujet insiste sur une idée majeure : le Tawhid doit être réalisé par le cœur, la langue et les actes.
Celui qui connaît la vérité mais refuse de s’y soumettre n’est pas sauvé par cette connaissance. Iblis connaissait la vérité. Pharaon connaissait la vérité. Certains gens du Livre connaissaient la prophétie du Prophète ﷺ comme ils connaissaient leurs propres enfants. Mais cette connaissance ne leur a pas profité lorsqu’elle n’a pas été accompagnée de soumission.
À l’inverse, celui qui pratique extérieurement sans croyance du cœur tombe dans l’hypocrisie.
Le Tawhid n’est donc pas seulement une formule, une appartenance, une émotion, une tradition familiale ou une connaissance abstraite. Il est une vérité à croire, à prononcer et à pratiquer.
Pourquoi il faut étudier le Tawhid avec précision
Il ne suffit pas de dire : « Il faut adorer Allah Seul. »
Tout le monde peut accepter cette phrase de manière générale. Mais les ambiguïtés apparaissent dans les détails : qu’est-ce qu’une adoration, une invocation, un sacrifice religieux, une demande de secours permise, ou une demande qui implique une spécificité divine ?
Il faut distinguer l’intercession reconnue et l’intercession demandée de manière interdite ; le prodige reconnu et l’invocation du saint ; honorer un invité et sacrifier pour se rapprocher d’un mort ; reconnaître la Seigneurie d’Allah et réaliser le Tawhid de l’adoration.
C’est pour cela qu’il faut étudier le Tawhid de façon détaillée. Une explication générale ne suffit pas. Après avoir affirmé qu’il faut unifier Allah dans l’adoration, il faut expliquer les types d’adoration et ce qui les annule.
La science comme protection contre les ambiguïtés
Le chemin vers Allah comporte des ennemis et des ambiguïtés. La réponse ne repose pas sur les émotions, les rêves, les expériences personnelles, la quantité de suiveurs ou la réputation des hommes.
Elle repose sur la science.
La vérité dissipe le faux comme la lumière dissipe l’obscurité. Mais encore faut-il que la vérité soit connue, étudiée, comprise et utilisée correctement.
L’étudiant doit donc avancer avec méthode : comprendre le sujet du livre, l’intention de l’auteur, les fondements, les règles, puis les réponses détaillées. La dispersion rend la science difficile. La construction progressive rend la science plus solide.
Dans l’étude du Tawhid de l’adoration, une progression utile est donnée : Les Quatre règles, Les Trois fondements, Le Livre du Tawhid, puis Kashf ash-Shoubouhat. Ces ouvrages construisent progressivement les fondements du Tawhid de l’adoration et aident à répondre aux ambiguïtés.
Conclusion
Le Tawhid est le droit d’Allah sur Ses serviteurs. Il consiste à Lui vouer l’adoration exclusivement, sans détourner vers autre que Lui ce qui Lui revient.
Reconnaître qu’Allah est le Créateur ne suffit pas si l’adoration est partagée. Aimer les pieux ne signifie pas les invoquer. Reconnaître les prodiges ne signifie pas attribuer aux morts des capacités propres à Allah. Croire à l’intercession ne signifie pas la demander à autre qu’Allah par une invocation. Prononcer l’attestation ne signifie pas qu’on peut contredire son sens.
La clarté du Tawhid repose sur des distinctions précises : entre Seigneurie et adoration ; entre demande permise et invocation d’adoration ; entre vivant présent capable et absent ou mort ; entre prodige reconnu et spécificité divine ; entre science théorique et soumission réelle ; entre ambiguïté équivoque et preuve claire.
Le musulman a besoin de cette science pour protéger sa croyance, purifier son adoration, et comprendre pourquoi les Messagers ont été envoyés : appeler les hommes à adorer Allah Seul et à délaisser tout ce qui est adoré en dehors de Lui.
Interaction
